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Mademoiselle X ou la Grande-duchesse Tatiana ? avril 2 2016

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Paul est parti.

Ces cris, ces hurlements, je n’en peux plus. Je ne veux plus les entendre.

Bon sang ! Pourquoi faut-il qu’elle braille comme ça ? !

A l’hôpital, ils m’ont dit qu’un bébé ne doit pas avoir froid. Alors, en arrivant dans l’appartement, j’ai poussé le chauffage à fond. Elle peut pas avoir froid.

Ils ont aussi parlé des biberons. Mais à l’hôpital, j’ai jamais pu le lui donner… alors ici ! Le plus fort, c’est qu’ils ne se sont rendu compte de rien. Le personnel changeait sans arrêt. C’était flippant… mais d’un autre côté ça m’a bien arrangée.

Bon ! Pour qu’ils me laissent quitter si vite l’hostau, j’ai dû mentir, évidemment. Comme ils manquent de lits, de personnel… de tout en fait, ils n’ont pas cherché à en savoir plus. Je leur ai dit que je serais entourée !!! Tu parles ! Pas une visite à l’hôpital. J’ai raconté que le père rentrait de « mission » et que ma mère reviendrait également très vite de voyage. Elle sait même pas qu’elle est grand-mère !

Et le biberon, j’y arrive pas. Il trône sur la table de la cuisine depuis hier soir – impossible de m’en saisir. Tatiana a bu le dernier en début d’après-midi – hier- à l’hôpital.

En fait, j’ai à peine menti à propos du père. Il est bien venu hier. Il voulait voir la bobine de sa môme – simple curiosité - et récupérer ses affaires.

Moi, je pensais que – lorsqu’il verrait le bébé – ça se passerait comme pour Marie, qu’il craquerait pour lui. Le copain de Marie, il chialait d’émotion et il lui a demandé sa main - à Marie, évidemment.

Je vous jure. Il lui a dit exactement - c’est elle qui m’a raconté et c’est pas une menteuse : «  Marie, je te demande de m’accorder ta main. » Elle a juste hoché la tête, les yeux à la fois embués et rieurs. Pierre lui a dit qu’elle ressemblait à une Madone ! Ils se sont mariés très vite. J’étais demoiselle d’honneur. Marie m’avait fait coudre une robe longue, ivoire – du même modèle que celle des deux autres demoiselles d’honneur – dans le même tissus que les robes des choupettes qui portaient sa longue traîne . Je me croyais chez Walt Disney.

Avec Paul, pas de conte de fée – c’est plutôt la série noire.

Et ces cris qui continuent !

Tatiana !

Tu parles d’un nom ! En fait, j’y avais pas pensé du tout. Au début, je disais « Mademoiselle X » ; ça me faisait marrer. Mais les infirmières m’ont dit que ça ne pouvait pas durer, qu’il lui fallait absolument un nom à ma puce.

« Grande-duchesse Tatiana » je leur ai dit la énième fois qu’elles revenaient à la charge.

« Tatiana » devrait suffire, m’a dit la chef de service, pour ne pas dire de corvée, parce que-je vous assure- elle ne venait pas au boulot de gaité de cœur celle-là. On aurait dit qu’elle avait avalé un manche à balai. La brosse du balai, elle l’avait sur le crâne. Un vrai laideron à gueule d’enterrement, raide comme un passe-lacet. Elle a même pas décroché un sourire.

Grande-duchesse Tatiana – c’était drôle, non ?

Si ça se trouve, elle savait même pas de qui je parlais.

Vous savez, vous ? La deuxième fille du tsar, le dernier Romanov, tuée en Sibérie par les Rouges. OK, ça fait un bail, c’était en 1918 ! Mais quand même !

Dans le bouquin qu’on devait lire quand j’étais encore au lycée (je me suis arrêtée en seconde), c’est à elle qu’un officier du tsar donnait une bague surnaturelle qui assure l’immortalité. Bon ! Inutile de railler- elle meurt à 18 ans avec une bague d’immortalité… ça fait pas sérieux. Mais pour comprendre, il faut lire le livre. Un pavé, je vous préviens. Vous verrez alors qu’en plus de la bague, il faut des formules – une sorte de rituel de passation, mais ça, l’officier, il en savait rien ! Bref, lisez le bouquin* !

On dirait que Tatiana se calme. Elle crie moins fort. Je vais pouvoir dormir un peu. (Ronflements et en arrière fond- légers gémissements.)

Qu’est-ce qui se passe ? C’est sur ma sonnette qu’on s’acharne ? Ou c’est encore mon cauchemar ? Non, y a des gens devant ma porte qui veulent affoler tout l’immeuble. Maintenant, ils cognent dessus, mais ils sont fous.

Je vais pas aller ouvrir – c’est sur moi qu’ils vont taper.

Ils ont réveillé ma môme ! Elle crie pas fort, mais elle crie à nouveau.

J’y crois pas ! Ils ont forcé ma porte. Ils sont entrés : ma mère comme une furie et 2 types en blouse blanche.

« Mais enfin, maman, pourquoi tu déboules ainsi avec fracas ?  Ta petite-fille ? Tu veux voir ta petite-fille ? Comment tu sais que t’es grand-mère ? Et puis je m’en fiche. Va-z-y ! Au fond du couloir, 2e porte à gauche.

Une fusée franchit le mur du son.

Ma mère se met aussi à brailler « vivante, déshydratée, pas changée…mais vivante !»

La dernière fois que j’ai… enfin que Tatiana a … enfin la dernière fois pour tout – c’était hier, à l’hôpital. Je l’ai juste posée sur mon lit et j’ai poussé le chauffage.

Ma mère revient, Tatiana dans les bras. Elles sont toutes les deux rouges comme des crabes bien cuits… et fripées .

L’une va se défroisser- vous savez- comme la rose de Ronsard. Pour l’autre, ça va pas s’arranger ! Mais bon, même Tatiana y aura droit … un jour – si au moins j’arrive à lui donner ce fichu biberon.

Ma mère reste plantée devant moi. Elle ne me tend pas ma fille. Elle la serre contre son sein, fort ! Elle ne crie pas. Elle me regarde … comme si j’étais un extra-terrestre… ou un monstre.

Elle est sortie sans piper mot, Tatiana dans les bras. Tanouchka, Tatia, Tanya ! Ma mère connaît même pas son nom !

Les infirmiers qui l’avaient rejointes dans la chambre, sont revenus aussi vers moi. Est-ce que c’est moi qu’ils attendent ?

Je ne vois pas où ils veulent m’emmener. Je veux rester ici, chez moi.

Je leur dis en rigolant que je n’ai pas besoin de biberon, ni de nounous. J’ai plus de couches depuis longtemps.

« Vous inquiétez pas pour moi. »

« Vous n’allez pas bien, Mademoiselle Merle, vous devez nous accompagner ! On va bien s’occuper de vous à la Cerisaie. »

C’est pas vrai. Ils veulent m’emmener dans une pièce de Tchekhov.

Ils sont fous à lier, ces deux cocos-là. Je le leur dis comme je le pense. Ils n’apprécient pas, visiblement. Ils sont deux, costauds… J’ai pas la force… et finalement pas l’envie non plus de lutter.

Ils m’emmènent voir Tchekhov.

( Et Tatiana, qui va lui donner le biberon ? )

* Dans la nuit blanche et rouge

de PAYET Jean-Michel – Gallimard – 2012- Collection : Les Grandes Personnes - 512 p.

Pierre - ou drame au fournil avril 2 2016

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  Sage-femme :

Elle s’est évanouie, mais l’enfant est là. Enfin ! Le terme de délivrance n’est pas usurpé. Il a de jolis traits… mais il ne crie pas, ne bouge plus… sa poitrine se soulève à peine. Si je coupe le cordon ombilical, il ne tiendra pas le coup. Il est venu avec un peu d’avance, ce chérubin, et pour cause… la pauvre Angèle a pris une raclée maison il y a deux jours quand Pol est rentré, rond comme une barrique et plus teigneux qu’une hyène enragée.

Si cet angelot survit… faites, mon Dieu, qu’il ne ressemble pas à son père.

Pol :

Ma femme est en cloque ! Elle morfle en ce moment. J’ai entendu crier. Bien fait pour elle ! J’en veux pas de son môme. Elle a intérêt à ce que ce soit un mâle au moins. Sinon, elles ne perdent rien pour attendre toutes les deux !

Sage-femme :

Mon Dieu, il ne respire plus, plus de pouls ! Il est presque mort-né. Je vais devoir présenter ainsi son décès… Il a vécu quoi… quelques secondes – à peine ! Je vais bien insister sur les coups qu’Angèle a reçus dans le ventre. La pauvre, elle mettait tant d’espoir dans ce fils possible.

Angèle :

Cassandre, tu me donnes mon bébé, s’il te plaît. Ne dis rien. Tant pis si c’est une fille. Pol sera vert de rage, mais je m’en moque. Je l’aimerai pour deux ! Allons, pourquoi restes-tu figée ? Où est le berceau ? Mon enfant n’est quand même pas avec son père. Parle ! Tu es si pâle. Tu as pleuré. Mon bébé ne va pas bien. De grâce et de pitié, parle.

Sage-femme :

Je lui ai tout dit. Elle s’est tue. Elle n’a pas même versé de larmes – mais cette douleur au-delà de tout… c’était pire que si elle avait piqué une crise de nerfs. Elle était anéantie… comme absente. Cet enfant aurait pu lui apporter le bonheur. J’ai voulu aller lui chercher un cordial – elle était si blême – je voulais la revigorer un peu ; mais la porte s’est ouverte brusquement alors que je m’apprêtais à en saisir la poignée.

Pol, avec la délicatesse qui le caractérise- a hurlé en entrant : « J’ai le droit de voir mon fils ! »

Pol

Putain ! Vous auriez dû voir leurs tronches ! J’ai su tout de suite que ça n’allait pas. La sage- femme m’a expliqué que mon fils était mort-né – que les coups que j’ai filés à Angèle en sont sans doute responsables. Elle m’a presque traité d’assassin ! C’est quand même pas ma faute si j’ai toujours envie de tabasser ma femme.

J’ai soutenu le regard venimeux de Cassandre un bon moment. Quand j’ai à nouveau regardé Angèle, ses cheveux blonds avaient pris la couleur de la cendre et elle les arrachait par touffes – silencieusement. Ça m’a glacé le sang. Et puis, je me suis dit que je n’avais qu’à l’aider – pour une fois que j’en avais envie ! J’ai également tiré sur une touffe de cheveux. Elle m’est restée dans la main. J’ai éclaté de rire… et j’ai laissé les cheveux tomber en pluie sur le lit. Cassandre était pivoine. Elle devait rêver de me couper les mains et de m’arracher les yeux… peut-être même plus… mais bon, vous voyez …

Sage-femme :

C’était horrible de les voir tous les deux s’acharner sur les cheveux d’Angèle. De plus en plus de clairières apparaissaient sur son crâne… Et puis… au bout d’un laps de temps qui m’a semblé interminable… Angèle était complètement chauve. Alors Pol s’est surpassé. Je ne l’avais encore jamais vu aussi odieux. J’en frémis encore. Il l’a traitée de tous les noms d’oiseaux imaginables… et inimaginables… « Sale tondue ! » et « Crâne d’œuf » étant les seuls que j’ose rapporter ici. J’aurais tout donné pour être ailleurs… mais j’avais peur de les laisser seuls. Les hommes comme lui ne méritent pas même la corde qui servirait à le pendre. Ne me reprochez pas de ne pas être charitable. C’est une brute, un macho égoïste et sans conscience. Je me suis contenue longtemps, mais lorsqu’il a commencé à accuser sa femme du meurtre de son fils – oui, vous avez bien lu – j’ai bondi. Je lui ai rappelé, en faisant de mon mieux pour maîtriser ma colère – qu’il était vraiment intolérable qu’il cherche à inverser les rôles… que les coups de poing qu’Angèle a reçus au ventre … c’est lui, qui les lui a donnés.

Pol

D’où elle sort, celle-là ? Une mégère qui se croit tout permis, qui m’insulte chez moi !!! Si ça se trouve, c’est de sa faute à elle, c’est elle qui a déconné. Et maintenant elle m’accuse et elle veut faire la loi. C’est fort de café. Je m’en vais la remettre à sa place.

Aïe, quelle garce !

J’ai voulu la cogner, mais j’ai même pas eu le temps de faire 2 pas. Elle m’a flanqué une gifle à me décrocher la mâchoire.

Et elle s’est barrée en me traitant d’épave toxique. Ça veut dire quoi ? C’est sûrement pas un compliment. La Cassandre, elle m’apprécie pas vraiment. Je m’en fiche, c’est réciproque.

En tous les cas, elle va payer sa gifle … au prix fort !

Angèle :

Je suis seule, désespérément seule. Mon petit Pierre n’est plus au chaud, à l’abri dans mon ventre.

Il est… mort ! Mort !!!

Je répète le mot, mais je n’arrive pas à y croire. Ce n’est pas possible.

Tant de misères, de souffrances… et puis rien ! Du vent, des fleurs, le néant !

Tenancière du bar « Grappe fleurie »

Dieu, que je plains Angèle ! Quelle crevure son mari ! Il raconte à qui veut l’entendre comment il lui a réglé son compte… parce qu’elle était « infichue » de lui donner un héritier viable.

Moi, je dis que c’est sans doute mieux pour le môme !   Mais pour Angèle, c’est horrible.

J’espère que l’histoire des cheveux qu’il arrachait à pleines poignées ne tient pas la route. Il raconte ça à tout le monde. C’est un vantard et un menteur de première. J’ai quand même un peu peur, car c’est bizarre. Ça ne ressemble pas à ses bobards habituels…

Pauvre Angèle ! Et je ne peux même pas aller la voir et la soutenir. Elle me déteste car son mari passe le plus clair de son temps chez moi… et y dépense ce qu’elle gagne.

C’est pas vrai ! Il a bu tout le fric qu’il avait et il parie maintenant des horreurs pour qu’on lui paye encore un coup à boire.

J’ai crié trop tard. Il vient d’avaler tout cru un de mes poissons rouges ! Je vais y mettre des piranhas !

Allez oust ! Du balai ! Dehors tous les poivrots ! Allez vous faire pendre ailleurs !

Pol

Que des mégères dans ce patelin ! Elle nous a flanqués dehors, dites donc !

Aucune envie d’aller retrouver crâne d’œuf !

Tiens, Léon a l’air en forme. Je n’aurais rien contre une petite virée avec lui.

Angèle :

La lumière rentre à flots. Il doit être tard. Dieu que j’ai mal.

Pol n’est pas rentré.

Je ne tiens pas debout ! Je ne peux tout de même pas rester là à ruminer.

Pierre, mon petit Pierre, je n’ai même pas entendu le son de ta voix.

Lorsque Cassandre est revenue après le départ de Pol, elle m’a tendu le petit corps déjà glacé et raidi. Je l’ai serré très fort dans mes bras. J’espérai – envers et contre tout- mais bien sûr, le miracle n’a pas eu lieu.

Cassandre a voulu me le reprendre… mais je ne pouvais plus le lâcher.

Elle est restée auprès de moi jusqu’à l’arrivée du médecin. Elle a bien senti a profondeur de la béance, du gouffre qui s’est creusé en moi.

Le médecin doit revenir.

Pol n’est pas rentré.

Docteur Ferrat  :

Pauvre femme ! La sage-femme m’a tout raconté, heureusement, parce qu’Angèle ne pouvait plus décrocher un mot. Je lui ai administré un sédatif puissant pour qu’elle se repose un peu. Elle aurait dû m’appeler lorsqu’elle a senti les contractions. Je l’aurais fait rentrer à la maternité de Pen Bihan. Je ne sais pas si le petit aurait pu être sauvé. Cassandre a beaucoup d’expérience, elle a sûrement fait ce qui devait l’être… mais Angèle aurait été un peu au calme, à l’abri. C’est triste à dire, mais cela aurait peut-être fait la différence. Pol est absolument ignoble. Il n’a aucun respect pour sa femme… ni pour personne d’ailleurs.

J’espère que Cassandre trouvera une perruque ou un foulard pour cacher le crâne nu d’Angèle. La violence de la scène à laquelle Cassandre a assisté était à peine soutenable. Surtout le plaisir sadique de Pol à arracher des touffes de cheveux du crâne de sa femme effondrée a horrifié Cassandre.

J’ai bien peur que les cheveux d’Angèle ne repoussent pas. Un pareil choc émotionnel peut avoir des conséquences inattendues.

Trois mois ont passé. Le médecin avait raison. Angèle porte en permanence une écharpe sur sa perruque blonde. Elle remplace son mari au fournil et tout le monde s’accorde à dire que le pain est meilleur. Angèle s’est repliée sur elle-même. Tous les soirs, elle va jusqu’à la mer, elle cueille un brin d’arméria, ramasse une plume ou un galet qu’elle dépose sur la tombe de Pierre. Autour de l’angelot qui se dresse sur la dalle de granit s’accumulent les offrandes d’Angèle. De temps en temps elle y met aussi un petit pain qu’elle a moulé exprès pour lui. Les oiseaux s’en régalent quand elle s’en va. Quant à Pol, elle ne le voit guère.

Tenancière du bar « Grappe fleurie » :

Pol beugle à tue-tête des chansons paillardes – accompagné par ses compagnons de beuverie.

C’est insupportable. Je n’en peux plus de les entendre brailler. Ils sont tous cuits comme des coings. Normalement, je ne devrais plus rien leur donner à boire- mais ils deviennent violents quand je les contrarie - surtout Pol. Il n’a pas supporté que je les mette dehors la nuit où il a avalé un poisson rouge. C’est pourquoi je préfère encore les servir.

Hier soir, j’ai eu la peur de ma vie : Angèle est rentrée dans le bar. C’était la première fois que je la voyais chez moi.

Pol était furieux… mais au lieu de la frapper ou de l’insulter sauvagement comme il sait si bien faire, il a seulement saisi un œuf sur le comptoir… et il s’est mis à en caresser le sommet en fixant sa femme d’un air mauvais.

Angèle est devenue pivoine puis – d’un seul coup- blême. Elle tripoté son foulard, puis elle est partie, sans piper mot.

Je n’ai aucune idée de ce qui l’a poussée à venir chez moi.

Angèle :

Je l’attends. J’ai pris son fusil au râtelier et j’y ai inséré les cartouches.

Hier, je voulais le quitter. Je suis allée à la « Grappe Fleurie » car il ne rentre quasiment plus. Je n’ai rien pu lui dire – il a été odieux.

Mais, ce midi, il est venu me trouver alors que je faisais ma sieste. Il m’a dit qu’il rentrerait ce soir. Les yeux de merlans frits qu’il avait en me regardant ne laissent rien augurer de bon.

Il va vouloir me toucher, m’embrasser, me prendre. Son haleine empeste l’alcool. Ses mains sont sales… il est brutal, toujours.

Il me dégoûte, je me dégoûte.

Je vais tirer sans sourciller. Je vais viser le cœur ?

Il n’aurait pas dû m’obliger à tirer aux ball-traps. J’espère qu’il sera seul.

Ouest-France :

Que s’est-il passé au fournil de la boulangerie Caroff ?

Pol, le boulanger, a été retrouvé mort dans son pétrin. Son fusil de chasse était posé à côté de lui. Sa femme, profondément choquée, n’a pu expliquer aux policiers les circonstances du drame. Le commissaire Le Duff promet une enquête approfondie. « Nous ne pouvons écarter aucune piste. Monsieur Caroff fréquentait des milieux interlopes et connaissait bien des inimitiés» a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse.

labousnoz mars 29 2016

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Cauchemar énergétique… ou Pantin -TI - énergétique - TIL- désarticulé - TILT mars 29 2016

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« Grand-père ! A l’aide !  Je crève de ton génie … ! »

Oui c’était vraiment un coup de génie.

Les énergies fossiles étaient quasiment taries, les multiples accidents nucléaires avaient fini par convaincre les chanceux qui avaient échappé aux catastrophes d’abandonner totalement ce principe… en espérant qu’ensevelis sous des tonnes de béton, enfouis dans des mines de sel désaffectées, les centrales et leurs déchets ne réveilleraient pas un jour leurs démons radioactifs.

Le soleil et le vent – si prometteurs- se laissaient difficilement apprivoiser… trop irréguliers et surtout excessifs depuis les grands dérèglements climatiques.

Considérant la montre cinétique qui ornait son poignet, il avait eu l’intuition que le salut viendrait d’un principe aussi simple.

Il s’était mis alors à imaginer toute une ribambelle d’outils qui avaient en commun de tous utiliser l’énergie produite par ses mouvements – même les plus infimes.

Le problème du stockage de cette énergie l’avait retenu un certain temps… Mais il était si convaincu que l’homme seul – par sa propre énergie – sauverait la civilisation, qu’il ne s’attarda jamais sur les échecs . Au contraire, chacun d’eux le galvanisait davantage.

Par le biais de nanocapteurs et de transmission magnétique, il parvint à tirer de chaque geste quotidien, des tics, des gesticulations en tous genres -de l’énergie, toujours plus d’énergie.

Le prix Nobel de physique couronna naturellement son travail.

 Grâce à lui, un homme seul, dans la force de l’âge, était auto-suffisant et couvrait – par sa seule activité- ses besoins énergétiques (à condition toutefois de ne pas se suréquiper à outrance.)

Pour peu que ses membres soient un tant soit peu actif, une famille de quatre personnes pouvait revendre de l’énergie à ceux qui, isolés, handicapés ou trop faibles devaient faire appel à d’autres.

Les sportifs de haut niveau étaient déclarés « bienfaiteurs de l’humanité » car - par solidarité- ils donnaient une part non négligeable de leur surplus aux hôpitaux .

Moi, Charles Edouard Tanguy, digne descendant du génial concepteur de ce système, je me dévoue corps et âme à son amélioration.

L’optimisation des « gestes énergétiques » et les progrès énormes du stockage de l’énergie produite sont à mon actif.

Pour progresser encore plus vite et , soyons honnête, pour être reconnu, pour me faire un nom, j’ai voulu en faire toujours plus.

J’ai triché. Bien que cela soit strictement interdit-par crainte des dérives- j’ai installé chez moi un petit laboratoire clandestin que j’alimente seul. Pour cela, j’ai dû détourner pas mal de matériel- notamment des nanocapteurs de dernière génération, de vraies merveilles !

Mais trop, c’est trop… et c’est l’anarchie !

Mon appartement douillet se mue en turbo faisant tourner tous mes ustensiles énergivores à plein régime :

Mon réfrigérateur congèle allègrement à -50° .

Mon chauffage est monté si haut que je crains à tout instant que ma chaudière n’explose.

J’entends vrombir l’aspirateur qui cherchera sans tarder à m’aspirer.

Mon tapis auto-nettoyant se dérobe sous mes pieds… c’est le premier à s’être mis en surrégime !

Mon canapé-lit se métamorphose sans cesse et j’ai failli être happé lorsque j’ai voulu m’y reposer ce matin.

Ma batterie de casseroles auto-cuisantes fond à vue d’œil.

Et surtout, mes capteurs survoltés me transforment en pantin désarticulé, m’écartèlent. Je n ’en ai plus pour longtemps.

Toutes les sécurités de l’appartement, qui m’assuraient son inviolabilité, sont actives.

Je ne peux espérer aucun secours.

Me voilà piégé par les astuces dont j’étais si fier.

Extérieurement, aucune anomalie n’est détectable. Pour cela, j’ai inventé un système paradoxal : je m’explique : plus j’utilise de l’énergie, moins cela apparaît sur les écrans du centre.

Je vais mourir d’épuisement et de douleur… entouré par des robots furieux.

Ça va aller très vite maintenant.

L’énergie que je déploie en parlant s’ajoute au reste.

D’après mes calculs … et les soubresauts qui me malmènent, le point de rupture est imminent.

Mes écrans de contrôle virent au noir…

Ils vont enfin alerter les collègues et amis…

Trop tard. Je ne peux plus suivre cette cadence.

Pardon Grand-père !

Tilt !

Roses - texte court inspiré d’un passage du “Horla” de G. de Maupassant février 4 2016

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Les roses … toute ma vie !

Mais oserais-je avouer comment j’acquis ma première merveille ?

Ébloui par une rose bleue … je suppliai mon amie Amélie de Penanros de me vendre sa création la plus achevée. Elle refusa obstinément.

Je lui fis pourtant des offres mirifiques et arguai qu’elle pouvait -elle- recréer ce miracle.

“Non, me rétorqua -t- elle, la main de Dieu y est pour quelque chose. Elle ne se prête pas toujours à mes vœux. Non ! Vous étiez mon ami et devenez importun.”

C’est ainsi qu’elle courut à sa perte.

Près d’un lac gelé, à l’occasion d’une promenade hivernale…je lui suggérai de se pencher un peu plus avant afin d’évaluer l’épaisseur de la glace. Je l’aidai juste un peu maladroitement. Elle perdit pied, la couche glacée n’étant qu’un vernis ténu. Mais comme je ne saisis point les mains, qu’elle me tendait, c’est en me maudissant qu’elle disparut.

 

Rentré seul, discrètement, je commis mon deuxième forfait : je volai la rose tant convoitée et l’entourai de tels soins que j’en obtins, en quelques années, un magnifique parterre . J’en fis aussi commerce, ce qui assura ma fortune.

 

Amélie ayant disparu brutalement, la police mena une enquête qui prit rapidement fin, lorsque l’on découvrit dans son secrétaire une lettre de sa main (expertisée, bien sûr… Oui, je dois avouer que je suis assez habile à cette sorte d’exercice.) Ladite lettre attestait, qu’étant partie précipitamment pour un long voyage, elle me faisait don de ses plantations, étant donné notre amitié et notre passion commune.

En son hommage, je baptisai la rose bleue que je prétendais avoir créée : “Amélie”.

Le geste n’est-il pas élégant ?

 

Qu’on ne me parle pas ici de cynisme. Que l’on n’attende aucun remord. Les abbés de St Sévère et le plaisir que je prenais à faire souffrir mon jeune frère m’ont bien trop chargé la conscience pour que j’y trouve encore la moindre place. Quoique…

 

J’évite le lac qui me rend tout de même chagrin. J’évite aussi le monde, comme le monde me fuit, qui me taxe de vieux fou, car je ne puis parfois lutter contre des esprits malfaisants qui me hantent … et les potions que me prescrit mon vieux médecin n’y peuvent rien changer.

Dans ces jours d’hébétude ou de fébrilité, j’agis comme si j’étais un autre ou une autre …ou moi ! ?

 

Un matin, comme je me promenais près de mon parterre de rosiers, je vis, je vis distinctement tout près de moi, la tige d’une des plus belles roses se casser comme si une main invisible l’eût cueillie, la main resta suspendue dans l’air transparent, toute seule, immobile, effrayante, à trois pas de mes yeux.

Saisi d’une épouvante folle, je me jetai sur elle pour la saisir. Je ne trouvai rien. Elle avait disparu…

Incrédule, j’inspectai les alentours, interrogeai mon jardinier. Rien.

” Ce sont vos médications qui vous donnent des hallucinations ” me dit-il. Je n’ai rien vu.

Et, avouez vous-même, cela n’a aucun sens !”

Oh ! Que si ! A partir de ce moment-là, je sus qu’il existait près de moi un être invisible qui revenait. Un peu plus tard, j’en eus la preuve.

 

Quelques cauchemars cheminaient lentement vers mon âme, où je voyais Amélie échevelée, translucide, tourbillonnant dans l’eau - autour de moi !

Venait-elle enfin réclamer son dû et m’infliger les tourments auxquels, dans mon orgueil, j’avais cru pouvoir échapper ?

Je me mis à craindre chaque sortie, n’ouvris même plus les fenêtres… et le cœur lacéré , les yeux désormais privés de regard, j’ordonnai au jardinier d’arracher le joyau de mon domaine, mon parterre d’ “Amélies”.

Ce sacrifice l’apaiserait-elle ?

Quelle grossière erreur !

L’ombre qui me hantait était toute autre !

 

Mon jeune frère, que j’avais tant raillé, poussé à la folie, avait, sans que je l’apprisse, commis l’irréparable.

Il était doux, aimait les fleurs et les parfums. Notre mère le gourmandait parfois car il lui dérobait sa précieuse essence de rose Damascena, dont je hume la senteur lourde, épicée, entêtante.

 

Son âme errante - et non celle d’Amélie - me harcelait maintenant et ne me lâchait plus.

Un soir, je trouvai sur mon lit le cordonnet de soie noire avec lequel il s’était pendu.

 

Je changeai de chambre. La demeure était vaste. Mais le sinistre cordonnet me précédait sans cesse.

Même dans un hôtel de passe où je cherchai refuge, il effraya la pauvre enfant qui voulait bien

m’accorder quelque tendresse.

 

Je pris alors le lien soyeux, le caressai, l’apprivoisai et, rentré de mon inutile escapade, le passai enfin autour de mon cou. Le nœud coulant ne se serra point de lui même.

Mais la délicate fragrance d’essence de rose qui en émanait devint soudain si insoutenable, que

je dus suivre le pénible exemple de Fabrice et abréger ma vie de bien vilaine façon.

 

 

Mais la vengeance perdure. Mon enfer est subtil : je ne peux – de toute éternité - échapper aux senteurs démentielles des roses bulgares de ma mère, si proches du parfum envoûtant de mon “Amélie”.

 

 

Bienvenu sur votre blog novembre 11 2009

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